Référentiel A — capacité humaine
Ulric Neisser
Thèse centrale
Neisser définit en 1967 la cognition comme « l'ensemble des processus par lesquels l'entrée sensorielle est transformée, réduite, élaborée, stockée, récupérée et utilisée », et fait de ces transformations internes — et non des seules relations entre stimulus et réponse — l'objet propre de la psychologie. Il retourne ensuite cette position contre le champ qu'il a nommé : dans Cognition and Reality (1976), il reproche à la psychologie cognitive sa dépendance excessive aux tâches artificielles de laboratoire et l'écart entre les théories qu'on y teste et le comportement en situation réelle.
Apport
Son manuel de 1967 met en circulation le terme « psychologie cognitive » et fournit au champ sa définition de travail. Il y ajoute ensuite l'exigence de validité écologique, et l'illustre par son étude sur l'explosion de la navette Challenger : des étudiants interrogés immédiatement après janvier 1986 puis trois ans plus tard produisent des souvenirs comportant des erreurs notables malgré une confiance intacte, ce qui contredit l'idée que les souvenirs « flash » seraient exempts d'erreur. Il préside en 1995 le groupe de travail de l'American Psychological Association dont sort le rapport de consensus « Intelligence: Knowns and Unknowns » (1996).
Limites et critiques
Mahzarin R. Banaji et Robert G. Crowder attaquent frontalement ce programme dans « The bankruptcy of everyday memory » (American Psychologist, 1989) : selon eux, la validité écologique de la méthode ne garantit nullement la généralisabilité des résultats, ils citent des travaux écologiquement valides mais peu généralisables et l'inverse, et se prononcent pour l'approche de laboratoire. La difficulté interne est là : Neisser oppose deux qualités — le réalisme du cadre et la portée des conclusions — sans établir que la première produise la seconde.
Résonance avec l'IA
La définition de 1967 décrit la cognition comme une suite de transformations appliquées à une entrée : c'est un vocabulaire commun avec les machines de traitement de l'information, et c'est ce partage de vocabulaire, non une similitude de mécanisme établie, qui a rendu l'analogie naturelle. Ce qui se transporte réellement est l'objection méthodologique tardive de Neisser : une performance sur une tâche construite pour le test renseigne mal sur le comportement en contexte, ce qui est le problème des jeux d'évaluation standardisés des systèmes d'IA. La critique de Banaji et Crowder s'y transporte tout autant : rendre l'épreuve plus réaliste ne rend pas le résultat plus général.
Débats documentés
Aucune autre fiche du référentiel ne nomme celle-ci, et celle-ci n'en nomme aucune. Ce n'est pas un signe d'accord : c'est un silence documentaire, et il se comble en écrivant les limites de la fiche avec des noms.
Sources
- 1.Neisser, U. — Cognitive Psychology, Prentice Hall, Englewood Cliffs (N.J.), 1967primaire
- 2.Neisser, U. — Cognition and Reality: Principles and Implications of Cognitive Psychology, 1976primaire
- 3.Ulric Neisser — Wikipedia (EN)secondaire
- 4.Cognitive psychology — Wikipedia (EN)secondaire
- 5.Banaji, M. R. & Crowder, R. G., « The bankruptcy of everyday memory », American Psychologist 44(9), 1185-1193 (1989)secondaire
Analyses de gap citant cette fiche
Aucune paire humain × IA documentée pour cette capacité à ce jour. Le comparateur permet de tester la combinaison et affiche son statut réel.
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