Référentiel A — capacité humaine
Emil Kraepelin
Thèse centrale
Kraepelin soutient que les maladies mentales sont des entités naturelles qu'on n'identifie pas au tableau symptomatique du moment mais à l'évolution longitudinale et à l'issue : c'est le cours de la maladie, observé sur des années et sur de larges séries de patients, qui distingue les affections. De là la partition qui porte son nom entre la démence précoce, marquée par une détérioration progressive, et la folie maniaco-dépressive, d'évolution périodique avec restitution entre les épisodes.
Apport
Son manuel Psychiatrie: ein Lehrbuch für Studierende und Ärzte, de l'édition de 1883 à la neuvième et dernière en 1927, fixe la dichotomie dans sa sixième édition en 1899 et devient l'instrument de travail de la psychiatrie européenne ; le dernier état de l'ouvrage est dix fois plus étendu que le premier. Il impose la fiche d'observation systématique et le suivi de cohorte comme méthode. Cette approche diagnostique fonde la lignée des critères de Feighner et des Research Diagnostic Criteria, reprise par les auteurs dits néo-kraepeliniens et par les classifications DSM et CIM contemporaines ; Eugen Bleuler rebaptisera la démence précoce schizophrénie.
Limites et critiques
Un versant idéologique de son œuvre est documenté et distinct de son apport nosographique. À partir de 1903 Kraepelin devient un promoteur influent de l'eugénisme et de l'hygiène raciale, opposé aux dispositifs d'assistance qui, selon lui, minaient la lutte biologique pour la survie des Allemands ; Martin Brüne identifie chez lui la théorie de l'auto-domestication, selon laquelle la culture moderne, en empêchant la sélection naturelle, accroîtrait les troubles mentaux. Il écrit que l'exemple des Juifs, avec leur forte disposition aux troubles nerveux et mentaux, montre que leur domestication très avancée peut finir par marquer la race. Il réclame en 1918 de lourdes peines pour ce qu'il nomme la corruption sexuelle, et la notice qui lui est consacrée indique que son œuvre a légitimé la persécution des homosexuels dans l'Allemagne nazie. Ces positions sont documentées par Eric J. Engstrom et Matthias M. Weber, Michael Shepherd (1995), Martin Brüne (2007) et Richard Wetzell (2000).
Résonance avec l'IA
La nosographie kraepelinienne est ce qui rend possible un diagnostic par catégories, donc un apprentissage supervisé sur étiquettes diagnostiques ; la fiabilité de ces étiquettes, et le statut d'entités naturelles qu'il leur prêtait, sont eux-mêmes l'objet du débat psychiatrique, ce qu'un système entraîné sur ces catégories reconduit sans pouvoir le trancher.
Débats documentés
Postérité (1)
Même sous-domaine, période postérieure.
- Pierre Janetpostérité
« Pierre Janet » (Psychologie clinique française, Le Havre, Salpêtrière et Collège de France, 1889-1947) vient après « Emil Kraepelin » (Nosographie psychiatrique, Heidelberg puis Munich, 1883-1926) dans le même sous-domaine.
Sources
Analyses de gap citant cette fiche
Aucune paire humain × IA documentée pour cette capacité à ce jour. Le comparateur permet de tester la combinaison et affiche son statut réel.
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