Référentiel A — capacité humaine
L'évolution culturelle et technologique
Thèse centrale
La théorie soutient que l'information transmise socialement évolue selon le schéma que Darwin a décrit dans L'Origine des espèces — variation, fitness différentielle, héritage — sans être pour autant néo-darwinienne, puisque, comme le formule Alex Mesoudi, l'hérédité particulaire et la mutation aléatoire peuvent ne pas s'y appliquer. Sa proposition la plus disputée est démographique : Joseph Henrich soutient qu'une transmission culturelle biaisée vers les individus les plus habiles, combinée à une réduction de la population effective d'apprenants sociaux, suffit à faire disparaître les techniques complexes tout en laissant subsister les simples, sans invoquer ni déclin cognitif ni choix défavorable. Le cas qu'il instruit est la Tasmanie : peuplée il y a environ 34 000 ans, isolée entre 12 000 et 10 000 ans avant le présent par la montée des eaux, elle présente à l'arrivée des Européens un outillage d'environ vingt-quatre pièces, les outils en os disparaissant entièrement du registre vers 3 000 ans avant le présent et le poisson quittant l'alimentation vers 3 800 ans avant le présent sans y revenir.
Apport
Un mécanisme nommé et modélisable — la perte adaptative de complexité par contraction de la population d'apprenants — qui offre une alternative testable aux explications par la dégénérescence ou par l'environnement, et qui rend un appauvrissement technique compatible avec des processus d'apprentissage parfaitement adaptatifs. Le champ a par ailleurs importé les méthodes phylogénétiques dans l'étude de la macroévolution culturelle, reconstruisant des arbres de langues, de techniques et d'organisations sociales sur des principes empruntés à la systématique biologique. Il a enfin rendu explicites des questions qui étaient jusque-là des présupposés : la culture relève-t-elle de la causalité proximale ou ultime, la transmission sélectionne-t-elle ou transforme-t-elle, l'apprentissage social est-il lui-même appris ou inné.
Limites et critiques
La controverse est ouverte et l'échange est publié. Krist Vaesen, Mark Collard, Richard Cosgrove et Wil Roebroeks soutiennent dans les PNAS, sous le titre « Population size does not explain past changes in cultural complexity », que la taille de population n'explique pas les changements passés de complexité culturelle, et visent nommément deux articles fondateurs du courant. La réplique, signée Joseph Henrich, Robert Boyd, Maxime Derex, Michelle Kline, Alex Mesoudi, Michael Muthukrishna, Adam Powell, Stephen Shennan et Mark Thomas, s'ouvre ainsi : « dans une critique étroite de deux articles anciens de la littérature sur l'évolution culturelle cumulative, Vaesen et al. comprennent mal le travail qu'ils critiquent, décrivent faussement plusieurs lignes de recherche et ignorent sélectivement beaucoup de données. » Vaesen avait déjà établi dans PLOS ONE que les deux modèles reposent sur des hypothèses fortes quant à la distribution des compétences et à la sélectivité des stratégies d'apprentissage social, et que « l'effet de population dans le modèle de Powell et al. disparaît lorsque la sélection du mentor suppose une copie aléatoire ou un biais conformiste plutôt qu'un fort biais de gain » — le modèle de Henrich, lui, résistant pour l'essentiel au passage à des distributions normales. Mesoudi relève de son côté que Nicolas Claidière, Thomas Scott-Phillips et Dan Sperber (2014) tiennent les processus transformatifs pour une raison de réviser en profondeur l'approche darwinienne standard de la culture.
Résonance avec l'IA
Le désaccord porte sur un point de méthode transposable : jusqu'où les conclusions d'un modèle formel tiennent-elles lorsqu'on relâche les hypothèses de distribution qui le rendent tractable. C'est la question que posent aussi les lois d'échelle invoquées pour les systèmes d'apprentissage, dont la portée dépend du domaine de validité des hypothèses statistiques sous-jacentes.
Débats documentés
Aucune autre fiche du référentiel ne nomme celle-ci, et celle-ci n'en nomme aucune. Ce n'est pas un signe d'accord : c'est un silence documentaire, et il se comble en écrivant les limites de la fiche avec des noms.
Sources
- 1.Henrich J., « Demography and Cultural Evolution: How Adaptive Cultural Processes Can Produce Maladaptive Losses — The Tasmanian Case » (version d'auteur datée du 19 janvier 2004)primaire
- 2.Vaesen K., Collard M., Cosgrove R., Roebroeks W., « Population size does not explain past changes in cultural complexity », PNASprimaire
- 3.Henrich J., Boyd R., Derex M., Kline M., Mesoudi A., Muthukrishna M., Powell A., Shennan S., Thomas M., « Understanding cumulative cultural evolution », PNASprimaire
- 4.Vaesen K., « Cumulative Cultural Evolution and Demography », PLOS ONE, vol. 7, e40989primaire
- 5.Mesoudi A., « Cultural Evolution: A Review of Theory, Findings and Controversies », Evolutionary Biology, vol. 43, p. 481-497 (publié en ligne le 22 avril 2015)secondaire
Analyses de gap citant cette fiche
Aucune paire humain × IA documentée pour cette capacité à ce jour. Le comparateur permet de tester la combinaison et affiche son statut réel.
Fiches connexes — evolution culturelle
- Ada YonathÉvolution · sciences
- Alan TuringÉvolution · sciences
- Albert EinsteinÉvolution · sciences
- Anthropologie et préhistoireÉvolution · anthropologie prehistoire
- Astrobiologie et exoplanètesÉvolution · sciences
- Big Bang (modèle cosmologique)Évolution · sciences
- CaltechÉvolution · sciences
- CERNÉvolution · sciences
Données brutes de cette fiche : /api/fiches/evolution-culturelle-et-technologique — voir la méthodologie.