Référentiel A — capacité humaine
L'évolution biologique de l'espèce humaine
Thèse centrale
Le champ soutient que l'origine d'Homo sapiens n'est ni ponctuelle ni localisable en un foyer : les fossiles de Jebel Irhoud, au Maroc, datés par thermoluminescence à 315 ± 34 milliers d'années et par résonance de spin électronique à 286 ± 32 milliers d'années sur une dent, repoussent l'émergence de la morphologie moderne bien au-delà des quelque 200 000 ans jusque-là admis, et conduisent Jean-Jacques Hublin et ses coauteurs à conclure que « les processus évolutifs derrière l'émergence d'H. sapiens ont impliqué le continent africain tout entier ». La paléogénomique établit par un autre chemin ce que l'os seul ne pouvait pas montrer : selon le communiqué du National Human Genome Research Institute accompagnant le premier génome néandertalien complet, jusqu'à 2 % de l'ADN des humains actuels vivant d'Europe en Asie provient de Néandertaliens, alors qu'aucune trace de cet apport n'a été trouvée chez les deux individus africains séquencés. Les deux disciplines convergent sur l'Afrique et sur l'existence de populations humaines contemporaines et distinctes ; elles divergent sur ce qu'un assemblage de restes autorise à inférer d'un comportement.
Apport
Deux instruments de preuve que la discipline ne possédait pas avant les années 1980 : la datation absolue des sédiments et de l'émail dentaire, qui substitue des bornes chiffrées assorties d'un intervalle aux seules séquences relatives, et le séquençage d'ADN ancien, qui transforme des populations disparues en objets de génétique des populations et non plus seulement de morphologie comparée. Le déplacement de problème est net : Richter et ses coauteurs présentent Jebel Irhoud comme le site hominien du Middle Stone Age africain le plus ancien et le plus riche documentant les stades précoces du clade H. sapiens, ce qui déplace la question du « berceau » vers celle de la structuration interne des populations africaines. Le premier génome néandertalien, dirigé par Svante Pääbo au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, a par ailleurs fait passer les métissages entre populations humaines du statut d'hypothèse morphologique à celui de mesure.
Limites et critiques
La discipline se divise publiquement sur le seuil de preuve exigé avant d'attribuer un comportement à un hominine fossile. Sur les assemblages de la grotte Rising Star attribués à Homo naledi, María Martinón-Torres, Diego Garate, Andy I. R. Herries et Michael D. Petraglia soutiennent dans le Journal of Human Evolution (vol. 195) que les preuves présentées jusqu'ici ne sont pas assez convaincantes pour étayer l'inhumation délibérée des morts par H. naledi ni la production de gravures, jugent que des analyses et une documentation substantielles restent nécessaires pour écarter les explications naturelles de l'accumulation osseuse, et rappellent que Val (2016), Stiner (2017), Egeland et ses coauteurs (2018) et Pettitt (2022) proposent des scénarios de piège mortel, de transport par l'eau ou d'action de carnivores. Ils reprochent aussi à Lee Berger et ses coauteurs d'avoir maintenu en promotion publique des textes dont les relectures étaient « unanimes à considérer la preuve inadéquate en l'état ». L'évaluation éditoriale du preprint relu par eLife acte la division sans la trancher : « l'un des relecteurs conclut que les résultats démontrent de façon convaincante des pratiques d'inhumation intentionnelle, tandis qu'un autre considère que la preuve d'une conclusion aussi univoque est incomplète ».
Résonance avec l'IA
Le litige de Rising Star porte moins sur des données que sur le seuil à partir duquel une trace autorise à inférer une intention chez un agent non humain. C'est la structure d'argument que l'on retrouve dans l'interprétation des comportements des systèmes d'IA, où la distinction entre un résultat produit et une intention supposée est également ce sur quoi les parties ne s'accordent pas.
Débats documentés
Appuis explicites (1)
Une fiche nomme l'autre dans sa thèse centrale ou son apport : elle s'y adosse.
- Max Planckappui explicite
Le premier génome néandertalien, dirigé par Svante Pääbo au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, a par ailleurs fait passer les métissages entre populations humaines du statut d'hypothèse morphologique à celui de mesure.
Sources
- 1.Hublin J.-J. et al., « New fossils from Jebel Irhoud, Morocco and the pan-African origin of Homo sapiens », Natureprimaire
- 2.Richter D. et al., « The age of the hominin fossils from Jebel Irhoud, Morocco, and the origins of the Middle Stone Age », Natureprimaire
- 3.« Complete Neanderthal Genome Sequenced », communiqué du National Human Genome Research Institute (NIH)primaire
- 4.Berger L. R. et al., « Evidence for deliberate burial of the dead by Homo naledi », eLife, preprint relu et évaluation éditoriale (version 2)primaire
- 5.Martinón-Torres M., Garate D., Herries A. I. R., Petraglia M. D., « No scientific evidence that Homo naledi buried their dead and produced rock art », Journal of Human Evolution, vol. 195 — notice PubMedsecondaire
- 6.« No scientific evidence Homo naledi buried their dead and produced rock art », UCL Human Evolutionsecondaire
Analyses de gap citant cette fiche
Aucune paire humain × IA documentée pour cette capacité à ce jour. Le comparateur permet de tester la combinaison et affiche son statut réel.
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