Référentiel A — capacité humaine
Andrei Tsygankov
Thèse centrale
Tsygankov soutient que la politique étrangère russe s'explique moins par la structure du système international ou par les intérêts d'un régime que par la compétition, à l'intérieur de la Russie, entre traditions concurrentes de définition de l'identité nationale. Les inflexions de la politique extérieure suivent le déplacement du rapport de forces entre ces traditions, ce qui permet selon lui de rendre compte à la fois des ruptures apparentes et d'une continuité de fond. Il a soutenu par ailleurs, en 2008, que la reviviscence de la « russophobie » dans certains milieux politiques américains et européens traduit la crainte que le redressement économique et politique russe ne contrarie leurs projets.
Apport
Russia's Foreign Policy: Change and Continuity in National Identity (Rowman & Littlefield, 2006 ; cinquième édition 2019) donne à l'analyse de la politique étrangère russe un cadre identitaire explicite et un manuel largement diffusé. Avec New Directions in Russian International Studies (2004), Whose World Order? (2004) et le Routledge Handbook of Russian Foreign Policy (2018), il a contribué à rendre accessible hors de Russie une production académique russe peu traduite ; il signe le chapitre consacré à la Russie dans Thinking International Relations Differently (2012). Sa position — chercheur russe enseignant aux États-Unis, à San Francisco State University — fait de son œuvre un point de passage entre deux communautés savantes qui se lisent peu.
Limites et critiques
Sa thèse sur la russophobie est la plus contestée : la notice de référence consacrée au sujet rapporte qu'elle a perdu son crédit après 2014, parce qu'elle porte exclusivement sur les motivations prêtées aux responsables occidentaux et laisse de côté les raisons explicitement invoquées en Europe centrale et orientale, et lui oppose la documentation des exactions russes pendant la seconde guerre de Tchétchénie par des journalistes comme Krystyna Kurczab-Redlich. Sur le cadre identitaire lui-même, la limite est interne : les trois traditions sont identifiées à partir des discours qu'elles produisent puis servent à expliquer ces mêmes discours, ce qui rend le modèle difficile à mettre en défaut par un cas. La notice biographique qui lui est consacrée porte au demeurant un avertissement éditorial signalant plusieurs problèmes non résolus, et ne recense aucune recension critique de ses travaux.
Débats documentés
Appuis explicites (1)
Une fiche nomme l'autre dans sa thèse centrale ou son apport : elle s'y adosse.
- Arlene B. Ticknerappui explicite
L'apport n'est pas une théorie mais une cartographie systématique et empirique de la production non occidentale, organisée par contributeurs régionaux — Pinar Bilgin pour le monde arabe et la Turquie, Liu Yongtao pour la Chine, Siba Grovogui pour l'Afrique, Siddharth Mallavarapu pour l'Asie du Sud, Andrei P. Tsygankov pour la Russie.
Sources
- 1.Andrei P. Tsygankov, Russia's Foreign Policy: Change and Continuity in National Identity, Rowman & Littlefield, 2006 (5e éd. 2019)primaire
- 2.Andrei Tsygankov — Wikipedia (EN)secondaire
- 3.Anti-Russian sentiment (Russophobia) — Wikipedia (EN)secondaire
Analyses de gap citant cette fiche
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Fiches connexes — geopolitique
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